LA RADIOPHONIE EN BELGIQUE
Description et
caractéristiques de la station de Bruxelles
Par
Raymond BRAILLARD
INGENIEUR A.M. ET E.S.E.
INGENIEUR
EN CHEF DE LA SOCIETE BELGE RADIO-ELECTRIQUE
Depuis le 28 novembre 1928, la
Belgique possède à Bruxelles une station de radiophonie, qui mêle agréablement
sa voix au nouveau concert européen et même mondial. Les émissions de Bruxelles
sont reçues et appréciées dans toute la France el même en Algérie. Aussi
croyons-nous être agréables aux lecteurs de La Science et la Vie en décrivant
sommairement tes installations de Radio-Belgique. Les appareils et l'auditorium ont été
installés dans les locaux d'un vaste immeuble, l'Union Coloniale, situé en
plein centre de Bruxelles, afin de faciliter l'accès de la station aux artistes
et sa liaison aux autres salles de conférences et de concerts de la ville.
Antenne: Elle
constituée par une cage de quatre fils de 35 mètres de longueur, supportée par
deux pylônes de 20 mètres de hauteur, qui sont montés, l'un sur la terrasse de
l'Union Coloniale, I'autre sur la terrasse d'un bâtiment voisin (fig. 1).
Prise de terre. Il était
impossible de constituer la prise de terre par des plaques ou des fils
métalliques enfouis dans le sol, comme on le fait habituellement. La prise de
terre a été réalisée en reliant soigneusement entre elles toutes les parties
métalliques du bâtiment l'Union Coloniale : charpente, canalisations d'eau, de
chauffage, etc. Cette disposition s'est montrée excellente.
Auditorium.
L'auditorium a été Installé dans une salle située au quatrième étage de
l'immeuble (fig. 2). Les murs,le plafond et le
plancher ont été recouverts d'une couche de liège de 5 à 10 centimètres séparée
des parois par 5 centimètres d'air. De plus, après une nouvelle couche d'air,
une feuille de papier imperméable a été appliquée sur l'ensemble et recouverte,
d'une bande de molleton épais. Puis le tout a été garni soit de tapis, soit
d'étoffes décorative.

Fig 1 L'antenne en cage de la station Rdiophonique de Bruxelles
La partie horizontale se trouve à 40 mètres au-dessus des jardins séparant les deux bâtiments sur lesquels
sont ancrés les deux pylônes de 20 mètres. A gauche, l'entrée du poste.
Dans ces conditions, on a obtenu un
excellent isolement de la salle, au point de vue acoustique et une suppression
a peu près complète des échos intérieurs, qui auraient pu nuire à la clarté des
émissions. Dans une petite salle voisine on a aménagé l'amplificateur placé à
la suite du microphone,
Machines
d'alimentation du poste (moteurs, alternateurs) Elles ont
été installées dans une salle située au cinquième étage, On a dû les isoler du
sol par des socles en liège et de feutre afin d'éviter la transmission de
vibrations dans tout le bâtiment, Ces machines sont mises en route à distance
de la salle où se trouvent les appareils,

Fig 2. L'Auditorium de la station de Bruxelles
Au milieu sur un support mobile on aperçoit le microphone magnétique.
Appareils d'émissions
proprement dit: Ils sont situés dans une petite
pièce sur la terrasse du bâtiment (fig. 3). Ils consistent en des sortes de
tableaux à charpente métallique supportant les valves rectificatrices, les
valves oscillatrices et les valves amplificatrice du
courant microphonique.
Au point de vue électrique, le
rendement de la station est assez faible : pour 1 kilowatt fourni à l'antenne,
on absorbe environ 6 kilowatts au réseau ; mais ce faible rendement électrique
est une condition nécessaire pour obtenir la qualité de l'émission et éviter
les altérations des sons, que l'on constate lorsque les lampes travaillent à
plein régime au voisinage de la saturation.
Dans la figure 4, nous avons
représenté le schéma de l'Installation complète, après l'avoir
simplifié
considérablement pour le rendre plus facile à suivre.
Le problème à résoudre comprend deux
parties bien distinctes :
1°- La production dans l'antenne
d'une oscillation à haute fréquence à amplitude constante engendrant des ondes
entretenues
2°- La transformation des ondes
sonores à l'aide d'un microphone, en courant de fréquence acoustique,
l'amplification de ce courant de fréquence acoustique à l'aide d'appareils
appropriés et l'application de ce même courant au courant à haute fréquence
engendré dans l'antenne,
Production de
l'onde entretenue porteuse : On utilise uniquement des lampes
à trois électrodes travaillant en génératrices et alimentées sur leur plaque
par du courant continu à 9.000 ou 10.000 volts.
Un problème délicat réside dans la
production d'un courant continu de 9.000 volts et d'environ 500 milliampères,
soit 4,5kw, Il n'existe pas pratiquement de dynamo simple et sure pour produire
une telle tension.

Fig 3. La salle des appareils d'émission.
De gauche à droite: le tableau de charge d la batterie 22 volts, 600 ampères heure, destinée à chauffer
les filaments des lampes:
les deux transformateurs élévateurs de tension:
le panneau des valves rectificatrices (deux valves):
près du plafond, le feeder à 10.000 volts (courant redressé):
le panneau de circuit oscillant indépendant une lampe):
le panneau de la lampe amplificatrice à haute fréquence couplée à l'antenne; au premier plan, le panneau de modulation, comportant unr lampe de sous contrôle et trois grosses lampes de contrôle montées en parallèle.
Les mapes sont montées dans des cages amovibles et interchangeables, afin de permettre le remplacement rapide d'une lampe mise hors service.
Là encore, les lampes a vide viennent a notre
secours suivant le processus ci-après : On commence par produire, en partant du
secteur, 440 volts courant continu et, l'aide d'un alternateur approprié du
courant monophasé à 300 périodes à la tension de 500 volts. On élève cette
tension à l'aide d'un transformateur statique T1 et on l'applique à deux valves
montée en opposition ainsi que le représente le schéma, et contenant seulement
un filament et une plaque,
Un autre transformateur abaisse la
tension de 300 volts afin d'obtenir les 18 volts nécessaires pour chauffer les
filaments, En application du phénomène connu d'Edison, les dites valves ne
laisse passer le courant que dans un sens; de la plaque vers le filament, sens
inverse de la trajectoire des électrons émis par le filament incandescent,
Le circuit d'utilisation est
représenté par les deux barres aboutissant aux pôles positif et négatif.
Entre ces barres sont disposés des
condensateurs et, en série, une self- induction a noyau de fer, de façon à
constituer un filtre. On conçoit de suite que les deux valves rectifieront
successivement les deux alternances du courant alternatif et chargerons les
condensateurs.
Si ceux-ci ont une capacité
suffisamment élevée on obtient à la sortie du filtre un courant pratiquement
continu. Nous appliquons d'abord cette tension à une première lampe oscillante
O1 montée suivant le schéma habituel et donnant naissance dans le circuit une
oscillation dont la fréquence est égale à 760.000, correspondant à une longueur
d'onde de 410 mètres,-Cette oscillation est très stable, comme fréquence et
comme amplitude.
On dispose ensuite une deuxième
lampe oscillante O2„ ayant pour fonction d'amplifier considérablement
l'oscillation produite par la deuxième lampe, A cet effet, on couple, par
l'intermédiaire d'une self, la grille de la lampe O2 au circuit oscillant de la
lampe 01, On recueille ainsi, dans la plaque de la lampe O2 une oscillation de
même fréquence, mais très amplifiée.
Dans le circuit de plaque de la
lampe O2. on a disposé un deuxième circuit oscillant
réglé lui aussi, à la fréquence de 730.000.
En pratique, le circuit de grille de
la lampe O2 contient également une deuxième self, qui est couplée a circuit
oscillant et l'on s'arrange pour que le couplage soit tel qu'il s'oppose aux
oscillation de la lampe O2. En équilibrant convenablement l'action des circuits
? et ?* sur le circuit de grille de la lampe O2 on
peut obtenir un régime remarquablement stable. Enfin, l'antenne est couplée
inductive ment au circuit ?* qui lui cède son énergie. Cette antenne est
accordée soigneusement sur la fréquence de 730.000 ; on obtient ainsi une
Intensité dans l'antenne égale à 7 ampères et rigoureusement constante,
l'amplitude de l'onde entretenue porteuse est donc, eIle
aussi, rigoureusement constante.
Modulation. — Le
microphone doit posséder deux qualités capitales pour la transmission fidèle de
toutes les modulations de la voix et de la musique : d'une part il doit
toujours rester semblable à lui même, ce qui n'est pas le cas des microphones à
grenaille de charbon, utilisant les variations de résistance électrique de contact
en fonction de la pression exercée pat une membrane vibrante. D'autre part, il
ne doit pas posséder de période de vibration propre, c'est-à-dire qu'il doit
transmettre avec une égale fidélité les sons graves et les sons aigus.
Cette condition proscrit
complètement l'emploi des microphones usuels, qui ont toujours des périodes
propres de vibration correspondant à certaines ondes musicales.
Le microphone système Marconi,
employé à la station radiophonique de Bruxelles, est basé sur le principe suivant:
dans un champ magnétique puissant créé à l'aide d'un électroaimant, on dispose
une bobine plate constitué par une seule couche de fil d'aluminium très fin.
Sous l'influence de l'onde sonore incidente, cette bobine se déforme; le champ
magnétique embrassé varie et un courant microphonique extrêmement faible se
produit. Ce courant est de l'ordre d'une fraction Infime de micro ampère. Le
rendement du microphone est donc extrêmement faible, mais c'est une condition
indispensable pour qu'il soit fidèle. L'incompatibilité du rendement et de la
fidélité, en matière acoustique, est du reste, un fait bien connu.
Le courant recueilli est d'abord
amplifié dans un amplificateur à neuf étages utilisant des lampes à trois
électrodes pour obtenir une intensité de courant de l'ordre du milliampère. Cet
amplificateur, placé près de l'auditorium, a été étudié spécialement en vue
d'éviter l'introduction de distorsions qui affecteraient la pureté du courant
microphonique. Le couplage entre les lampes se fait par des résistances et des
capacités.
D'autres dispositifs électriques
permettent en même temps de corriger la courbe de sensibilité du microphone,
qui n'est pas constante du grave à l'aigu, afin de se rapprocher de la courbe
de sensibilité a allure constante qui caractérise notre tympan. Il est très
important en effet, que les sons musicaux des différentes fréquences musicales
soient répartis avec le même rendement d'un bout à l'autre de l'échelle, afin
que, d'une part, les ensembles orchestraux soient transmis complètement et que,
d'autre part, le timbre de la voix el des Instruments ne soient pas altéré, le
timbre d'une note musicale est caractérisé par la présence d'harmoniques de
fréquence élevée pouvant atteindre 8 à 10,000,
La gamme des notes fondamentales
couvrant l'étendue de la voix humaine s'étend en moyenne entre 200 et 2000
vibrations. Pour la musique, les sons fondamentaux s'étendent entre 16 et 4,138
vibrations, mais le timbre caractérisant l'instrument, et qu'il convient de
conserver, comporte des harmoniques de fréquence beaucoup plus élevée.
Dans la salle du poste, le courant
microphonique déjà amplifié est appliqué à de grosses lampes à trois électrodes
A alimentées sous 9000 volts courant continu et qui l'amplifie de nouveau
considérablement

FIG 4. Schéma général de l'installation électrique de la station
T1, transformateur élévateur du courant à 300 périodes, 500 volts, fourni par l'alternateur;
T2,tansformateur abaisseur d tension pour le chauffage des valeves;V1 et V2, valves de redressemnt;
O1, lampe du circuit oscillant indépendant; O2, lampe amplificatrice HF. couplée à l'antenne ;
A1 lampes amplificatrices BF pour la modulation; λ ,λ1,λ2,, circuits accordés sur 410 mètres;
Lch self de choc pour la modulation par contrôle d'anode, ELECTROM, électromètre pour le controle
de la modulation; MICRO, microphone placé dans l'auditorium ou dans une salle de spectacle ou de concert;
AMPLIF; amplificateur à 9 étages, placé près de l'auditorium.
On obtient ainsi, à la sortie de ces
grosses lampes une tension variable de forme microphonique pouvant atteindre
plusieurs milliers de volts. Cette tension est appliquée à la plaque de la
lampe oscillatrice alimentant l'antenne et s'ajoute,
avec son signe positif ou négatif, à la tension continue de 9000 volts déjà appliquée à cette plaque. La tension de modulation peut
atteindre 3.000 volts lors d'une émission très forte (par exemple, note aiguë
donnée par une cantatrice). Dans ces conditions, la tension d'alimentation de
la plaque de la lampe oscillatrice varie entre 6.000
et 12.000 volts (9.000 plus ou moins 3.000). En réalité, pour appliquer cette
tension variable à la plaque de la lampe O2 on se sert d'un artifice.
La self Lch
à forte impédance, est parcourue à la fois par le courant alimentant O2 et les
lampes modulatrices A. Si celles-ci consomment plus, une chute de tension se
produit le long de la bobine de self Lch, la lampe O2
consomme moins, et réciproquement.
Les variations de débit de la plaque
O2 reproduisent donc au signe près, les variations de débit des lampes A et, par suite, les variations de tension de la grille des
lampes modulatrices A.
On peut, du reste, faire une
analogie hydraulique assez facile. Imaginons une conduite d'eau sous pression
constante alimentant, par l'intermédiaire d'une tuyauterie sinueuse, deux
robinets ouverts a moitié. Si l'on ferme brusquement l'un des robinets, l'autre
débitera davantage pendant un certain temps, car le débit total dans la
conduite ne peut pas varier instantanément. Si on ouvre à fond le premier
robinet, le second cessera temporairement de débiter.
Dans ces conditions, le courant
d'antenne, égal à 7 ampères sans modulation, subit des variations en plus et en
moins et l'onde porteuse se trouve modulée suivant le contour de la modulation
microphonique.
La pureté de la
reproduction en radiophonie,
Nous voudrions
attirer davantage l'attention du lecteur sur la question de pureté, qui est
capitale en matière de radiophonie. Considérons sur la planche G la coupe
schématique du microphone utilisé à la station radiophonique de Bruxelles.
Comme on peut le
voir, ce microphone est magnétique et il utilise le courant induit dans une
bobine plate très légère, déformée à l'intérieur d'un champ magnétique puissant
sous l'influence de l'onde sonore. La courbe de sensibilité de ce microphone
est représentée sur le premier graphique de gauche On constate que le
microphone favorise les sons très graves et les sons très aigus, parce que,
d'une part, à énergie égale, des sons très graves produisent un effet mécanique
plus important et, par suite, une variation de flux embrassé plus grande ;
d'autre part, parce que les sons très aigus. en vertu
de lois de l'Induction, donnent lieu à une tension induite plus élevée.

Fig 5. Coupes du microphone magnétique et d'un haut parleur ordinaire
Coubes caractéristiques coparatives de rendement acoustique
On corrige d'abord cette courbe dans
l'amplificateur, afin de réduire le rendement dans les graves et dans l'aigu.
Considérons maintenant la coupe schématique d'un
haut-parleur utilisé à
la réception et qui n'est au fond qu'un téléphone un peu plus puissant muni
d'un pavillon.
La membrane vibrante n'est pas
rigoureusement apériodique. En moyenne, elle est plus sensible pour les
fréquences dans le médium que pour les fréquences extrêmes dans le grave ou
clans l'aigu ; l'allure générale de la courbe a été indiquée en traits
interrompus sur le deuxième graphique Un haut-parleur favorise toujours
certaines notes par suite de résonances particulières soit dans la membrane,
soit dans le pavillon, soit dans le boîtier ou dans le support et la courbe de
sensibilité à l'aspect tourmenté en traits pleins.
Notre tympan est certainement
l'instrument acoustique le plus perfectionné, tant au point de vue sensibilité
qu'au point de vue régularité; nous pouvons représenter la courbe très aplatie
qui le caractérise par le troisième graphique. Dans le quatrième graphique,
nous avons superposé les courbes de sensibilité correspondant au microphone et
au haut-parleur il s'agit évidemment de moyennes, mais nous voyons que la
courbe résultante se rapproche beaucoup de la courbe de sensibilité de notre
oreille et, par suite, des conditions idéales de reproduction des sons. Ce
résultat très favorable a pu être obtenu avec la station de Bruxelles, grâce,
d'une part, au microphone tout a fait nouveau qui a été mis en
service et grâce, d'autre part au dispositif de correction de la courbe de ce
microphone placé dans l'amplificateur. Lorsqu'un amateur se plaint de la
mauvaise qualité de l'émission d'une station, il y a donc quatre-vingt-dix-neuf
chances ; sur cent pour que la faute en incombe à son appareil récepteur

Fig 6. M. BRACONY, le <<RADIOLO>> BELGE FAISANT UNE ANONCE DEVANT LE MICROPHONE
SITUE A PLUS DE DEUX METRES DE DISTANCE, CE MICROPHONE, DE CONCEPTION TRES ORIGINALE
EST REMARQUABLEMENT SENSIBLE, PUR ET FIDELE

Il serait à souhaiter, pour l'avenir
de la radiophonie, que les constructeurs d'appareils récepteurs apportassent à
leur réalisation le même soin el la même science que les constructeurs
d'appareils d'émission. Malheureusement, à part de trop rares exceptions, il
semble que la qualité de la reproduction soit trop souvent sacrifiée au désir
de procurer une amplification considérable ou de réaliser une simplification
qui ne vise qu'au bon marché des appareils.
Les résultats
obtenus par la station de Bruxelles
La station est exploitée par la
SOCIETE BELGE RADIO-ELECTRIQUE (SBR), qui a su s'assurer le
concours d'excellents artistes. Bien que les émissions soient faites sur une
onde relativement Courte, la portée est considérable. Les amateurs du Nord de
l'Italie, de Suède, de Norvège goûtent particulièrement les radios concerts
bruxellois, pour l'excellence de la modulation et l'éclectisme des programmes.
Actuellement, la station fait deux émissions journalière : de 17 heures a 18
heures et de 20 heures a 22h15. Pour terminer, signalons que la longueur d'onde
sera ramenée prochainement de 410 a 250 mètres, pour
répondre a une demande de l'administration belge des Télégraphes. Il est, du
reste, infinitif probable que cette modification aura été réalisée lorsque ces
lignes paraîtront.
RAYMOND BRAILLARD.
Ce texte a été publié
dans la revue : La science et la Vie