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Histoire
du Réseau Belge.
Souvenirs de ON4TI .
Dans
les années 1956 un OM ON4TI DEMAYER Hugo a écrit une série d'articles dans le
CQ relatant ses souvenirs de Radio Amateur et la naissance du Réseau Belge, qui
plus tard deviendra l'UBA. Il y a donc déja 35 ans de
celà et je me suis dit qu'il serait peut-être interessant de rééditer ses textes pour les nouveaux OMs (et les anciens),qui n'ont pas
connu cette époque. ON4TI raconte...... Mes
souvenirs débutent en 1919, date à laquelle la radio n'était pas du tout
vulgarisée comme aujourd'hui, et sauf quelques émetteurs comme la tour Eiffel,
les stations cotières et les navires, on n’entendait
pas grand chose, surtout sur un poste a galène. De plus il fallait absolument
connaitre le morse car il n'y avait pas d'émission en téléphonie. Si
vous le voulez bien, je vais essayer de me souvenir de ce qu'était la radio, il
y a 30 ans. Dans ces souvenirs je vais aussi essayer de raconter comment fut
crée le premier groupement des amateurs belges, sous le nom de "Reseau Belge" qui par la suite, devait devenir l’UBA. Je
venais de passer les 4 années de guerre de 14-18 en voyages qui n'étaient
pas d'agrément, a travers la Hollande, l'Angleterre et la France, et je
rentrais enfin à Bruxelles en 1919. Pendant ces tribulations involontaires,
j'avais pu voir fonctionner les émetteurs à étincelles en service sur les
navires. J'ai même pu écouter du morse et voir que les opérateurs avaient des
casques avec cordon de 4 ou 5 mètres de long. Ce détail leur permettait de
sortir sur le pont et d'assister au torpillage des navires du convoi, sans pour
cela quitter l’écoute. C'etait d'autant plus pratique
que la bande passante était fort large et qu’il n’était pas nécessaire de
toucher au réglage pour écouter une bande de fréquence de 60 ou même de 80 Kc; depuis, les choses ont bien changés. Vers
1918, j'avais vu au camp d'Avord, près de Bourges, l'un des premiers récepteurs
a lampes; c'était le fameux 3TER, mais je ne l'ai su que
quelques années après. C'était
un ampli à 3 lampes BF, avec détecteur à galène. Je dois dire que je ne voyais absolument pas ce que venaient faire
ces lampes dans un récepteur. J'avais bien reçu quelques explications, mais
elles me semblaient tellement incroyables que je n'arrivais pas à me rendre
compte que c'était vraiment possible. Un
des opérateurs m'avait dit que les lampes s'allumaient automatiquement lorsque
le récepteur recevait son indicatif. Un autre disait que c'était le tout
nouveau récepteur de l'armée Française et qu'il utilisait les "relais
thermoïoniques". D'autres encore, que c'était un récepteur avec tube à
vide. J'avais été fortement impressionné d'écouter du morse que l'on entendait
à 50 mètres avec une
puissance du tonnerre. Ayant
vu ce mystérieux récepteur, je n'avais plus qu'une idée: monter un modeste poste à galène et écouter la Tour Eiffel pour
me perfectionner dans le morse. Seulement il y avait deux grandes difficultés à
la réalisation de ce rêve ; la première était le manque d'argent, à 20 ans on
n’est jamais riche, et la deuxième le manque de documentation. Pour la question
des fonds, le problème était fort compliqué mais pas sans solution, tandis pour
se procurer les schémas et le nombre de spires des bobines d'accords c'était
beaucoup plus difficile. Dans
l'espoir de trouver ces renseignements, j'allais passer des après-midi entières
à la bibliothèque du Palais du Midi, qui était alors ce que sont les Arts et
Métiers d'aujourd'hui, mais sans grand résultat. J'y trouvais des articles sur
les détecteurs électrolytiques et il y avait beaucoup de descriptions
d'antennes. C'était
à croire que l'on pouvait recevoir de la radio rien qu'avec une antenne. De
plus tous cela datait de 1910 et les 4
années de guerre avait fait avancer la radio à pas de géant. Les
quelques articles publiés après la guerre n'étaient pas fort explicites, car ne
l'oublions pas, tous ce qui était radio était
encore ultra secret et pour faire de la copie les auteurs se perdaient
en Bla-Bla du genre:
"Les récepteurs de Radiotélégraphie
de nos jours sont parvenus à leur stade définitif".
Aujourd'hui nous pouvons sourire de
ces affirmations gratuites. Je souhaite que ceux qui ont écrit ces articles auront pu, par la suite, voir un super 14 tubes avec double changement de fréquence! Pour
en revenir à cette question compliquée de documentation, je dois dire que
j'avais rapporté de Paris les catalogues des
premiers constructeurs Français, mais à part les belles gravures
dessinées à la plume, ils ne donnaient pas grand chose comme renseignement
technique. Lorsque aujourd'hui on relit ces catalogues, on reste rêveur devant
les textes qui, alors, nous
remplissaient d'enthousiasme. J'en ai retrouvé un au sujet d'un détecteur à galène, le voici : "Outre son insensibilité aux décharges
atmosphériques, ce détecteur possède une sensibilité légèrement supérieure pour
les longues ondes, et en particulier
pour les ondes lointaines". Cette
dernière phrase vaut son pesant de rigolade. Alors qu'à Paris il y avait déjà
plusieurs magasins spécialisés en radio,
ici à Bruxelles il n'y en avait que deux qui, en plus d'autres articles, vendaient quelques pièces
de radio. L'un était rue Plattesteen et l'autre rue Pleetinckx. On pouvait voir dans ces deux vitrines des
bobines d'accord en Oudin et en Tesla dont certaines avaient des diamétres de 15,20 cm et 40 ou 50 cm de longueur. Il y en
avait même des vicieuses
dont le bobinage PRIMAIRE pénétrait dans le bobinage secondaire, tout cela
équipé de beaux tubes à coulisses en laiton poli et vernis au tampon. La bobine
pénétrante avait une belle rangée de plots disposés en arc de cercle avec une
manette à contacts à ressort que le constructeur conseillait d'enduire de
pétrole pour éviter l'oxydation par l'air. Je me souviens que quelques mois après, je
devais entreprendre la construction d'une bobine d' accord de ce genre, mais
encore plus compliquée. C'était la fameuse bobine universelle du
Docteur Corret. Elle était prévue pour couvrir la
bande de 300 à 26000 métres, bobinées en galettes
pour les "Longues Ondes" et en spires jointives avec réglage par
curseur pour les "Ondes Courtes” de 300 mètres. Je devais me rendre compte, par la suite,
que cette bobine d' accord était plus puissante en ventilateur qu'en
sélectivité. En effet le bobinage de réaction rentrait dans le bobinage
d'accord qui avait bien 15 cm de diamètre, et lorsque je manoeuvrais la réactlon avec un peu trop de nervosité, le déplacement
d'air était assez fort pour souffler ma cigarette hors du cendrier placé sur la
table. J'avais découvert par hasard qu'en plus
des deux magasins il y avait maintenant un rayon de radio au Grand Bazar. J'en
ai gardé le souvenir, car c'est là que j'ai acheté mon premier livre de radio
qui était "Les tubes à vides" de DAPSENSE. C'est lui qui m' a expliqué comment fonctionnait une lampe de radio. S' il lit ces lignes, je lui lève mon chapeau, car pour
décrire ce qui étalt si compliqué, il a su trouver
des mots simples. Ces trois
vitrines représentaient pour moi le paradis et je ne descendais jamais en ville sans leur rendre une visite. Je
trouvais même des prétextes de courses urgentes, histoire d'aller voir s'il n'y
avait rien de neuf à admirer. Un jour que j'inventoriais des yeux la
vitrine de la rue Plattesteen, j'ai vu pour la
première fois une petite revue à couverture bleue foncée, c'était la revue
"La TSF moderne". Pour tous ceux qui faisaient de la radio vers 1920,
elle a été l'inspiratrice des nuits blanches passées à réaliser des montages
savants, ou des rhéostats à plots, montés sur de l'ébonite. A l'époque c'était
la seule matière digne d'étre utllisée
en radio. Elle avait cependant l'inconvénient de se
travailler difficilement, sans éclat et lorsqu'il fallait en scier un morceau,
qu'est ce qu'elle dégageait comme odeur de souffre et de petit endroit, enfin
vous voyez une odeur bien particulière. Cette première revue de radio que je
venais de rencontrer, portait le n°5 d'août 1920. Elle a été la première à
faire connaItre les travaux d'Armstrong, et elle
publiait justement l'importante communication faite le 3 mars 1915 par
Armstrong au sujet de "l'Audion comme détecteur
et comme amplificateur". A l'époque, Armstrong était un jeune
ingénieur de 24 ans et s'intéressait à la radio en tant qu'amateur. Entre
parenthèse cette découverte prouve que les amateurs servent quand même à
quelque chose. Il avait donc monté une lampe “Audion”, comme on disait alors, en détectrice simple, et en
réalisant différents montages, il s'était rendu compte que si on couplait la
plaque à la grllle d'une triode, au moyen du champ
magnétique de deux bobinages séparés, on pouvait arriver à faire osciller cette
lampe, c'est à dire à produire du courant haute fréquence. Cette constatation était une découverte
sensationnelle car jusqu'ici il n'y avait que les alternateurs ou les arcs pour
produire du courant alternatif à haute fréquence, et encore ceci n'était
possible que pour les “Grandes Ondes". Ayant expérimenté et établi les lois mathématiques de sa grande invention,
il avait immédiatement compris ce que son montage pouvait représenter comme
progrès pour la radio. Sa première idée, qui avait été la bonne, fut de prendre
un brevet, seulement et comme toujours, il n'avait pas l'argent nécessaire. De
plus il était orphelin et pratiquement sans famille, sauf un vieil oncle qui
était notaire. Il lui rendit visite pour lui expliquer sa découverte, avec
l'espoir de recevoir les quelques dollards
nécessaires à son brevet. Le vieil oncle qui était encore du temps des carrosses, ne compris
absolument rien à l’invention d'Armstrong et il lui répondit qu'il était
inutile de dépenser tant d'argent pour prendre un brevet. Il lui conseilla
d'acter simplement son invention sur papier timbré quitte à faire valoir ses
droits si par après, c'était vraiment nécessaire. Armstrong fut bien obligé d'accepter la décision de son oncle. Seulement
lorsque sa découverte fut connue et expérimentée par les grandes firmes
américaines, celles-ci se rendirent immédiatement compte des profits
qu'elles pouvaient en tirer et firent breveter la découverte à leur nom.
Armstrong intenta plus tard un procès, mais sans résultats. Il avait eu l’idée,
mais les autres avaient les moyens, c’est-à-dire l’argent, et dans
ce procès, juges ou pas juges ce n'est jamais à celui qui a l'idée que l'on
rend justice.Le français LEVY qui inventa le montage super-héterodyne en sait quelque chose. Vingt ans plus tard, Armstrong devait prendre une belle revanche, puisque
c'est lui aussi qui inventa le systéme de modulation
de fréquence(FM), mais cette fois il avait les brevets et les grandes firmes
durent lui payer la forte somme pour obtenir ses licences. Chaque mois la "T.S.F Moderne" était attendue avec impatience,
d'abord pour la suite des articles de Mignet "Fabrication des lampes à
vides à 3 électrodes" par un amateur, ensuite pour savoir ce qu'il y avait
de neuf en radio et surtout pour son “Horaire des transmissions" qui
donnait les indicatifs des stations officielles et les longueurs d'ondes.
C'étaient des renseignements très utiles, car en ce temps là, les quelques
émetteurs que l'on pouvaient recevoir avaient des
longueurs d'ondes qui allaient depuis 1200 jusque 23.000 mètres. Cette rubrique
était tenue par le Docteur Pierre Corret, grand
écouteur de DX, ceci façon de parler, et maitre d'espéranto, mais ceci est une
autre affaire. J'avais appris qu'il y avait un émetteur à l'Observatoire d'Uccle, dont
l'indicatif était HS. Je me disais que vu la petite distance qui séparait Uccle
de Jette où j'habitais, je devais certainement recevoir quelque chose. Je me
suis mis à construire un poste à galène avec une modeste bobine d' accord de l0
cm de diamétre et 30 cm de long, munie de deux
magnifiques curseurs montés sur barre de laiton carré. Le tout poli et repoli avec du papier de verre de plus en plus fin. Aujourd'hui cela n'a plus l 'air de rien, en ce temps là il fallalt commencer par fabriquer un tube en carton, et pour servir de mandrin, trouver une bouteille qui avait les dimensions voulues; seulement, celles que l'on avaient étaient toujours ou trop grandes ou trop petites, ce qul prouve bien que la loi de l'em...bêtement universel existe bien. De plus, je n'étais pas rentier et je devais
travailler la journée à tout autre chose que la radio. Ce n'est pas si mal,
mais le grand rêve était de pouvoir faire de la radio, le jour, la nuit et même
de ne plus dormir pour en faire d'avantage. Après quelques semaines de travail
acharné, mon récepteur était monté et je parvenais à entendre la petite
étincelle du buzzer constltué
par une vielle sonnerie électrique. Mais en dehors de ça je n'entendais rien,
même pas le plus petit crachotement de parasite. Il faut ajouter que je n'avais
pas d'antenne, ce qui explique tout. J'avais lu un article où l'auteur disait
que pour avoir une bonne antenne elle devait avoir au moins 10 mètre de
longueur par 100 Km de distance entre l'émetteur et le récepteur. Comme dans ma candeur naïve, je croyais
pouvoir recevoir les stations Américaines sur mon poste à galène, une simple
multiplication m'avait démontré que pour recevoir la station d'Arlington qui
était à 7000 Km de Bruxelles il ne fallait une antenne de 700 mètres. Vraiment,
je ne voyais pas où et comment attacher un fil de cette longueur. Du haut de la
lucarne du grenier, j'avais repéré les plus hautes maisons environnantes, mais
chaque fois le refus avait été ou souriant ou sec. mais
refusé quand même. En vérité, aucun propriétaire ne voyait d'un bon oeil une
antenne attachée à son toit d'abord, disait-il, cela attirait la foudre,
mais aussi, et ça il ne le disait pas parce que qui disait T.S.F. disait aussi
espionnage. Depuis la fin de
la guerre, tous les journaux publiaient en première page les récits d' agents des services secrets alliés avec
tous les détails sur la façon extraordinaire dont ils avaient possédés les
Allemands en recevant des messages de la plus haute importance, avec des tout
petits récepteurs qui se mettaient en poche ou ailleurs. Je me souviens encore
d'un de ces articles ou le journaliste racontait comment un ancien prisonnier
Français, évadé, puis retourné en Allemagne comme agent de renseignements,
avait reçu des messages ultra secrets et capables de terminer la guerre en
quelques jours. Comme le journaliste lui demandait quel récepteur il avait
utilisé, il lui répondit sans rire, qu'il avait servi dans la cavalerie et
qu'il était parvenu à conserver le récepteur à galène qu'il utilisait en
patrouille. Il faut avoir manipulé un poste à galène pour se demander comment
ce cavalier pouvait bien faire pour régler le chercheur de son poste lorsqu'il
avait les fesses sur son cheval. Ces journalistes quand même, ils n'ont
jamais changé et à coté d'eux les Marseillais sont des petits garçons. Puisqu'il n'y avait rien à faire pour
placer cette sacrée antenne de 700 métres, j'ai
trouvé un autre système; il n'était pas aussi bon, mais après tout Uccle,
n'était quand même pas si loin de Jette et je me disais que la seule solution
était de fabriquer une antenne démontable, de façon à pouvoir la sortir chaque
soir par la lucarne du toit. C'était vite dit, mais en pratique ça durait
beaucoup plus longtemps. J'avais lu dans la T.S.F Moderne que plus l'antenne
avait des brins, plus elle était sensible. Ces quelques mots n'ont l'alr de rien, mais lorsqu'un soir j'essayais de sortir de la
lucarne, une antenne de quatre brins de 6 métres de long ,j'en ai vu de toutes les couleurs. Ses fils se sont d'abord entremélés au point que si on avait voulu le faire exprès
il aurait au moins fallu une heure de travail pour y arriver. En plus de
tout ça, j'avais accroché quelques tuiles du toit, d'où la necessité
de faire l'ardoisier pendant une demi-heure avant de pouvoir continuer à
m'occuper du montage de mon antenne. Finalement après 6 ou 7 essais, je
parviens quand même à l'installer en trois quarts d'heure, mais il fallait que
tout marche bien. Maintenant que je croyais avoir une
antenne, j'écoutais tous les soirs et même souvent jusqu'à deux heures du matin
mais je n'entendais rien, absolument rien même en réglant le chercheur au super
point de sensibilité. Je venais de lire le livre d'un publiciste
francais qui disait "Les difficultés ne sont pas
faites pour vous vaincre, mais pour être vaincues." et calmement
j'essayais d'appliquer ce slogan à la question de mon antenne. Un jour que je rentrais chez moi le nez en
l'air, je m'apercois qu'il y a un fil qui va d'un
côté à l'autre de la rue et que de plus il est accroché à un isolateur placé
juste en dessous de la corniche de la maison où j'habite. Je monte en vitesse
au grenier et par les trous d'échafaudage je vois que ce fil passe à proximité
du mur et qu'il serait facile de m'en servir comme antenne. Je prépare
immédiatement un crochet attaché à un fil isolé, mais je me dis qu'il serait
imprudent de faire cet essai en plein jour et qu'il vaut mieux attendre qu'il
fasse nuit de façon à ne pas étre vu, on ne sait
jamais. Enfin le soir tombe et j'attache ce fameux
fil d'antenne. Je règle le chercheur de la galène au point super sensible, et
bonheur de bonheur, j'entends quelques très faibles parasites. Je déplace les
deux curseurs de la bobine d'accord d'un bout à l'autre et si je l'aurais pu
j'aurais rentré les deux écouteurs dans mes oreilles pour ne rien perdre, mais
hélas, je n'entendais rien qui ressembla à du morse. J'étais là, perplexe, ne
sachant plus que faire pour entendre quelque chose, quand en une fois j'entends
un "top" formidable qui m'abasourdit, j'enlève immédiatement mon
casque car ma première impression est que le toit vient de s'écrouler, mais le
silence est complet et je n'entends rien que ma respiration précipitée. Je réfléchi à ce qui a bien pu produire un
signal si puissant, quand au même moment j'entends à nouveau le même top
violent; par la suite cela s'est répété d'une façon bien réqulière. Ce n'est que le lendemain matin que j'ai
trouvé l'explication. J'ai suivi le fil tout le long de la rue
et après quelques centaines de mètres j'ai vu qu'il était raccordé à une
horloge électrique, alors j'ai compris, les fameux tops étaient simplement les
impulsions électriques qui faisaient avancer l'horloge à chaque minute. Ceci a
déjà été dit dans un ancien QSO mais il fallait bien le répéter pour que
l'histoire soit complète. Toujours à cause de cette sacrée antenne,
je n'était pas encore parvenu à recevoir quelque chose
sur mon poste à galène. C'est alors que je décidais d'aller à la campagne pour
faire un essai sérieux et à monter une antenne, mais alors une véritable
antenne. J'avais projeté d'aller faire cet essai sur le plateau au dessus de
Jette, c'est à dire à l'endroit où se trouve maintenant l’hopital. En
ce temps là c’était un endroit blen dégagé, pour le
bon motif qu’il n’y avait aucune construction. Donc un après-midi
je parti pour la grande aventure, équipé de deux pieds photographiques pour
servir de mats, ceci façon de parler, d'un rouleau complet de fil de bronze
12/10, de deux douzaines d'isolateurs "Védovelli"
et de mon poste à galène. Avec tout cet attirail j'étais fortement chargé, et
pour monter sur le tram c'était toute une affaire. En cours de route j'ai dû
entendre pas mal de réclamations des autres voyageurs et entr'autre
celle d'une femme, du type Chaussée d'Anvers qui m'à dit "Dites jeune
homme, retirez un peu votre affaire qui est dans mon dos". Comme il y
avait double sens possible sur le mot "affaire “ j'ai vu des sourires
retenus sur les lèvres des autres voyageurs; mais sachant que je partais pour
le grand essai j'étais de bonne humeur et rie ne pouvait me troubler. J'arrive enfin sur place et j'installe les
deux pieds de photo à 300 grands pas l'un de l'autre et après avoir enfoncé les
6 piquets de fixation, je tends enfin cette antenne si longtemps espérée, que
je raccorde à mon poste à galène. Pour constituer un semblant de prise de
terre, j'enfonce six bouts de fil d'antenne aussi profondément que possible en
les raccordant entre eux. Je sors mon buzzer de ma
poche et je règle le chercheur au maximum de sensibilité. Je déplace alors les
deux curseur de la fameuse bobine Oudin
et en une fois j'entends des points-barres avec
une puissance extraordinaire. Cette fois ça y est. Cependant je suis tellement
émotionné et content que je ne parviens pas à lire une seule lettre. Je me
rends compte que je reçois plusieurs stations, car j'entends qu'elles ont des
notes bien différentes. J'ai beau essayer de diminuer mon émotion, mais rien à
faire, j'en ai même les larmes au yeux, mais c'est de joie. La
station de tout à l'heure est de nouveau là, c'est du R6. Je reprends mon crayon et je parviens à lire
OSA, puis quand il voulait bien se taire j'entendais plus faiblement FFH Le Havre,FFB Boulogne et plusieurs autres indicatifs encore
inconnus. J'étais enchanté et c'est dans la nuit tombante que j'ai replié tout
mon fourbi en vitesse; mais quel résultat ! Vers la fin de 1920 j'allais habiter
quelques rues plus loin. Cette maison et l'usine située derrière
appartenait au même propriétaire, qui me donna sans difficultés l'autorisation
de placer une antenne et quelle antenne, un magnifique fil de 180 mètres de
longueur. Depuis j'ai toujours considéré ce propriétaire comme le plus brave
type de la terre. J'avais trouvé au vieux marché un isolateur d'au moins 25 cm
de long, avec un tas d'ailettes et capable de tenir 25000 volts, c'était marqué
dessus. En une après midi j'avais percé le mur, et
c'est en reculant de 3 mètres, pour avoir une meilleure vue d'ensemble que j'ai
pu admirer mon entrée d'antenne. Vraiment elle ressemblait à celle que j'ai vue
à la Tour Eiffel, et je me disais que quand on à une entrée d'antenne comme ça
on se sent vraiment un tout autre amateur de T.S.F, et on n'a plus rien de
commun avec celui qui à une entrée d'antenne toute petite et chétive, vraiment
ça sentait la station professionnelle à plein nez. J'avais reçu l'autorisation
paternelle d'installer tout mon fourbi de TSF dans le faux grenier, juste en
dessous des tuiles.. En hiver il y avait la même température que dehors et en été obligé de
faire du nudisme pour résister au 40 degrés, mais tout ceci n'avait pas
d'importance. Là je pouvais faire de la radio loin du bruit de la maison, et
comme il fallait une échelle pour y arriver, lorsque je désirais être
absolument tranquille je remontais l'échelle et personne ne savait venir me
déranger, c'était le paradis. J'ai passé des années dans ce grenier et aussi beaucoup de nuits blanches à
écouter le trafic des navires et des postes côtiers, sur 600 mètres, d'autant
plus qu'avec ma nouvelle antenne, mon poste à galène était plus amusant qu'un
super de nos jours. Il n'avait pas la même sélectivité c'est vrai, mais il permettait d'écouter
les 600 mètres sans toucher au réglage, ce qui était bien pratique, d'autant
plus que le chercheur d'une galène a
la mauvaise habitude d'étre fort sensible et que la
plus petite vibration le dérangeait dans son travail. C'est
assez drôle à dire, mais en ce temps là la sélectivité ne se faisait pas à la
réception, mais à l'émission. En effet les émissions en ondes amorties
donnaient à chaque émetteur une note bien particulière que l'on savait suivre
très facilement malgré un fort brouillage. Il y avait Scheveningen PCHH avec sa
note soufflée et asthmatique, GNF, qui sonnait comme un clairon avec une belle
note métallique, Anvers OSA qui arrivait très fort avec une tonalité en bémol
comme si les points barres regrettaient de quitter l'antenne, Nordeich qui arrivait très faible avec une manipulation
sans vie et une petite note triste. Les stations côtières avaient presque
toutes une note ronflée, on aurait dit des billes qui passaient dans un tuyau
de poêle. Cette particularité provenait de ce qu'elles étaient alimentées en
courant à 25 périodes. Le grand sport de l'écoute des 600 mètres était de suivre le même navire,
depuis son départ jusqu'à l'arrivée à destination. Ceux qui quittaient Anvers
ou un port anglais de la Manche ou à destination de l'Afrique, étaient reçu
parfois jusque dans le Golfe de Gascogne, puis à partir de cet endroit la
réception devenait beaucoup plus faible. J'en ai parfois suivi jusque LasPalmas, mais leurs notes devenaient si faibles et le
brouillage était si fort que c'était un tour de force de les recevoir. L'AUTODYNE A REACTION MAGNETIQUE. Depuis que la TSF Moderne avait publié les schémas de détectrices à réaction, la radio avait fait un grand pas en avant, car quelques amateurs curieux en avaient fait le montage, et les résultats étaient si surprenants que chacun désirait les faire connaître. C'est alors que paru "Le livre de l'amateur de TSF" par Roussel. Cette fois il y avait une bible de la radio avec toutes les explications. C'était un gros bouquin de 300 pages qui en plus de tout ce qu'il fallait savoir sur les schémas des postes lampes donnait aussi beaucoup de renseignements sur les indicatifs des stations officielles et même des cartes avec leurs situations géographiques. J'ai retrouvé ce livre et en voyant la crasse qui recouvre certaines pages, je me suis souvenu qu'il avait beaucoup servi. On peut dire que c'était le Hand Book de l'époque héroïque. Depuis que j'ai lu ce livre je ne rêvais plus que de détectrices à réaction, qui en plus de la réception des ondes amorties permettait aussi celle des ondes entretenues, ce qui augmentait énormément le nombres de stations que l'on pouvait recevoir. Au sujet de ces “entretenues", je
savais bien qu'il y avait autres chose que les ondes qui portaient le méme nom, mais vraiment je ne voyais pas ce qu'elles
venaient faire dans la radio, mais passons. L'année 1921 a été l'année
prolifique de la documentation radio. Après ce livre je découvrais la
revue "L'Onde Electrique" puis “Wireless World" et même le
QST. Tout ça était rempli de schémas les plus divers, et je les avais tous
recopiés dans un cahier tout neuf. Cependant il y avait tellement de différence
entre eux que je ne savais vraiment pas définir celui qu'il fallait faire. Les
uns disaient que l'on pouvait parfaitement recevoir les entretenues avec une
hétérodyne couplée à un poste à galène, ce qui était une solution fort simple. Un autre auteur disait que l'hétérodyne à
réaction était bien préférable car "seul ce montage se prête à la bonne
réception des ondes en dessous de 1000 mètres. Les lampes détectrices
proprement dites, détectant mal ces ondes courtes”. Vous vous
rendez compte, ces ondes en dessous de 1000 mètres. D'autres auteurs
préconisaient le montage à deux lampes du nom de "amplificateur détecteur
hétérodyne à haute fréquence". Rien que le titre me mettait l'eau à la
bouche. Roussel dans son livre disait "Ce récepteur autodyne
à réaction à deux lampes permet l'audition de station Clifden
à plusieurs centimètres des écouteurs, avec une antenne unifilaire de 30 mètres,
et la nuit, réception de la station américaine d'Arlington. Ce qui m'avait le plus frappé dans toute
cette littérature, c'était d'apprendre que l'amplification de ces deux lampes
était de plus de 200 fois, mais par contre qu'il fallait au moins 350 frs pour
le montage, ceci d'après les multiples additions que j'avais faites. J'ai raclé
les fonds de tirelires, j'ai rationné les cigarettes et fait part à mon père de
l' urgent besoin d' augmentation des
"dimanches" mais il n' était pas du genre généreux, et de ce côté là
ça n'allait pas fort. J'ai repris le schémas de mon deux lampes
pour la trente sixième fois afin de trouver un accord de principe, entre
matériel nécessaire et l'argent dont je disposais ou allais disposer, car il y
avait urgence. Il me fallait deux lampes, deux
condensateurs variables, une bobine d' accord à réaction et encore, en plus de
cela un accu de 4 volts et autre de 45 volts. J'ai repris alors séparément la
réalisation de ce qui était possible et j'ai décidé de remplacer les condensateurs
variables à air avec des lames d'aluminium de 2 mm d'épaisseur par deux verres
de lampe cylindriques recouverts de papier d'argent et coulissant l'un dans
l'autre. Après avoir fait des dizaines de magasins pour trouver ces sacrés
tubes en verre, je n'avais encore trouvé que les deux petits, permettant la
réalisation du condensateur de grille, il restait encore à trouver les 2 grands
qui devaient avoir au moins 40 mm de diamètre pour le condensateur d' accord.
Or, un jour que je téléphonais de la gare de Jette, je vois par la fenêtre de
la cabine un manchon à gaz coiffé d'un magnifique tube en verre, parfaitement
cylindrique. Je n'ajouterai rien, sanf
de vous dire que j'ai eu mon condensateur variable. Pour la question des accus je les ai
remplacés par des piles en série et en parallèle, ce n’était pas fameux, mais
ça marchait quand même assez blen pendant quelques
heures. Restait à me procurer les deux lampes du
type TM (téléphonie militaire). Ceci c'est une
tout autre histoire. Il y avait derrière l'Eglise St Marie,
juste en haut de la rue des Palais;( vous voyez que cet endroit a toujours été
le quartier de la TSF); un électricien nommé Léon, qui en plus des magnétos,
s'était spécialisé dans le matériel de radio de l'autre guerre (1914-1918)
et qui, à ce titre, peut être le père du “War
Surplus”. Il possédait quelques pièces de radio, fort rares et entr'autres des condensateurs variables de 1500 cm,
complètement taillé dans la masse, six ou sept lampes TM qu'il vendait trente
cinq francs pièce, ce qui en 1921 représentait beaucoup d'argent, deux ou trois
RS5 qui étaient les premières lampes d'émission et quelques dizaines de lampes
à montage horizontal dites type Cochon, ceci dit sans jeu de mots mais parce
qu'elles avaient quatre pattes de fixation. Il avait encore des Ondes-mètres et de quoi faire baver d'admiration tous
les amateurs de l'époque. Ce brave Léon était un commerçant qui avait des
principes bien à lui. Il ne vendait pas son matériel à n'importe qui, il
fallait d'abord lui plaire en tant que client et ensuite convenir avec lui que
le matérlel qu'il avait était très rarissime. Il y a
des constructeurs de cette époque qui ont offert des milliers de francs pour
avoir deux condensateurs variables taillés dans la masse, mais il a refusé, leur
tête ne lui revenait pas... Comme il cachait toutes ses merveilles en
dessous de son comptoir, à chacune de mes visites je ne manquais jamais de lui
en parler afin de pouvoir jeter un coup d'oeil et de
me rendre compte ainsi de la différence absolue qu'il y avait, entre ces
magnifiques CV et mes verres de lampes avec papier d'argent. Chaque fois qu'il
les sortaient, il ne manquait jamais de les passer délicatement sur le revers
de sa manche, comme pour enlever des poussières imaginaires, et il ajoutait
"ça Monsieur, c'est une pièce de précision que je ne vends pas, car s'il
fallait la refaire ça coûterait des milliers de francs». A vouloir être
commerçant et à ne pas vouloir vendre, il a dut quitter la rue des Palais et
lorsque je l'ai rencontré par hasard à Maransart,
plusieurs années après, il avait toujours ces CV. Seulement les Français
s'était mis à en fabriquer en série et ils coûtaient beaucoup moins cher. C'est chez Léon que j'ai donc acheté mes
deux premières lampes TM, et comme il n'y avait pas encore de lampe-mètre, on se contentait d'
essayer les filaments avec une pile. Après lui avoir payé la forte
somme, il voulait me les emballer, mais
je trouvais que c'était beaucoup
trop dangereux; j'en ai mis une dans chaque main et mes deux mains en poche je suis retourné à
Jette à pied, j'avais bien trop peur d'être bousculé dans le tram et d'en
casser une, si pas les deux. Tout au long de cette marche triomphale, je me
voyais déjà assis devant mon futur récepteur à deux lampes, le casque sur la tête
et recevant les émetteurs américains avec une puissance du tonnerre et même à
50 cm des écouteurs comme disait l'auteur. Je suis finalement arrivé chez moi avec
mes deux lampes en bon état, mais je ne pouvais pas en dire autant de mes mains
qui étaient toute endolories. Cependant, les émotions de cette journée
mémorable n'étaient pas encore terminées. Il restait à piquer ces lampes sur mon poste qui était fin prêt, ce qui n'étalt pas difficile, mais le plus déllcat
à faire c'était de raccorder les piles de haute tension sans faire griller les
filaments. J’ai d'abord branché les piles de 4 volts afin d'être bien certain qu'il
n'y avait pas d'erreur, puis en arrêtant ma respiration, j'ai branché la haute
tension, ceci façon de parler puisqu'il n'y avait que 45 V.C'est alors que le
vrai miracle s'est produit, j'ai tiré le
bouton de tiroir fixé au bout de mon verre de lampe de la gare de Jette qui,
j'oubliais de vous le dire, était le CV d'accord et j'ai entendu une multitude
de sifflements. Ca marchait et même bien, car une fois les premières émotions passées, j'ai
fignolé le réglage de la bobine d' accord, manoeuvré
la bobine à coulisse de réaction et
modifié la capacité de grille d'un coup de pouce et ça accrochait partout
depuis 600 jusque 24000 mètres de longueur d'ondes. Sur tous les réglages,
j'entendais enfin les fameuses ondes entretenues. J'ai écouté jusque vers 3 heures du matin et je n'étais pas encore fatigué,
mais voilà, les piles se sont vidées avant moi. Ne sachant plus écouter, faute de courant, j'ai été
cherché ma grande carte planisphère "Taride"
et une à une j'ai pointé les stations reçues, il y en avait des quatres coins du monde, Poldhu
MPD, Aranjuez EAA Nauen POZ, Lyon YN,
Croix d’Hins LY; Eilvees
OUI, Anapolis NSS,
Rome IDO, Stavager LCM, Carnaevon MUU, New Brunswick WIL, Tuckerton WGG,
Marion WSO. C'est avec le même récepteur
que, vers 1922, j'ai entendu les premiers essais en phonie de la Tour Eiffel, Chelmsfort et de 2LO de Londres qui transmettait le soir de
la musique de jazz du SavoyHôtel. Ici se place un intermède de ma vie d'amateur. En effet je devais continuer à faire de la radio, mais cette
fois au frals de l'Etat. J'avais reçu un papier qui
me demandait de bien vouloir me rendre à la caserne n.1 à Vilvorde avec des
vivres pour 2 jours. C'est à Vilvorde que j'ai rencontré pour la première fois Verstrepen ex 4AA, qui bien plus tard devait devenir un des
présidents de l’UBA. Il se promenait à longueur de journée dans la cour de la
caserne, ayant toujours sous le bras une pile de revues de radio. Nous devions
nous rencontrer car tous les deux nous avions les mêmes envies de trouver un
petit coin tranquille pour être loin des yeux du sergent de semaine et éviter
ainsi les questions qu'il aimait tant poser et que nous n'aimions pas entendre.
Un matin, Verstrepen m'annonça qu'il avait la clé
d'une roulotte de radio placée dans un coin éloigné de la cour de la caserne,
et il me demandait de brosser le cours de morse de l'après midi et de le
rejoindre dans la roulotte équipée d'un récepteur sur accus. Une fois rentré,
nous avions fermé la porte à clef et nous nous sommes assis par terre pour ne pas être vus de
l'extérieur. Verstrepen a sorti sa théière électrique
qui marchait sur 6 volts et toute l'après midi, nous avons fait du thé grâce au
accus si aimablement mis à notre disposition par l'armée. J'ai apporté mes revues et lui les siennes et l'après-midi
s'est passée agréablement à parler
d'émetteur et de récepteur. Nous avions trouvé dans une de ces revues
des renseignements sur la puissance des émetteurs en fonctionnement à l'époque
et ça nous laissait rêveur par rapport aux petits émetteurs de 25 ou 30 watts
que nous voulions construire. J’ai encore ces revues et voici les renseignement
donné par la TSF Moderne de février 1922: La tour Eiffel sur 2670 mètres
mettait 82 Ampères dans l’antenne. Nantes sur 8990 mètres 190 amp et Croix d’Hins, Ly sur 23740
mètres 460 Amp . Nous avions aussi lu et relu les articles de ‘’Wireless World" ou l'amateur Godley,spécialement venu en Angleterre pour écouter les amateurs américain, donnait les premiers résultats du concours transatlantique où 33 amateurs américain avait été reçu sur 200 mètre par Godley. Il avait installé sa station de réception en plein
champ, sous une tente, Ainsi qu’une antenne dont la longueur attelgnait
260 mètres. Comme il n’avait rien entendu pendant les premiers jours d'essai, il avait cablé en Amérique pour demander de monter un émetteur plus
puissant, qu'Armstrong réalisa immédiatement avec d'autres amateurs. Comme les Américains n'y vont pas avec le dos de la cuiller, ils avaient monté quatre tubes UV 204, avec 2000 volts plaque, ce qui donnait 6 amp dans l'antenne et une puissance de 558 Watts. C'était déjà un émetteur qui pouvait compter, les Américains il leur faut toujours un demi-kilowatt si pas un entier. Par la suite, l'amateur Français Léon Deloy 8AB devait établir la première liaison Europe-Amérique,
avec 200 watts seulement; il n’en avait
donc que plus de mérite. A cette époque, toutes les revues de radio
publiaient des articles sensationnels sur la grande réussite de ces essaies
transatlantiques faites par des amateurs qui, en utilisant des puissance
relativement petites avaient traversé l’Atlanique avec
des Ondes dites courtes, sur 230 mètres, ne riez pas. Ce résultat était d'autant plus
surprenant, que les grands bonzes de la radio avaient dit et redit que seuls
les très grandes ondes étaient capables de franchir les grandes distances;
d'ailleurs, la station de Bordeaux LX qui émettait sur la longueur d'onde
monstrueuse de 23.450 mètres et qui
avait été construite par l'armée
américaine lors de son débarquement en
France, en était la preuve.. Aussitôt renvoyé dans mes foyers, avec une
culotte de toile blanche et une paire de souliers à clous, gros comme ça, je
n'avais plus qu'une idée, monter un émetteur sur ondes courtes de 200 mètres et
participer a ce concours transatlantique. Le coeur y
était, même beaucoup, mais mon portefeuille était d'une minceur qui faisait
peine à voir. Le problème technique et même financier, pour employer le grand
mot, était beaucoup plus compliqué que pour monter un récepteur. J'allais souvent rendre visite à l'ami
Genin, qui tenait le nouveau magasin de radio "Noir et
Blanc" au Boulevard, et j'avais remarqué depuis des mois qu'il exposait
dans son magasin un magnifique triplex encadré où était présentée la nouvelle
série des lampes bleues "FOTOS “. Ce soir là, lorsque je rentrais chez lui,
il avait ce fameux cadre dans les mains et me dit qu'il était fort embarrassé,
car il ne trouvait plus une place pour le mettre. Il me demanda si je le
voulais, ce que j'acceptai d'emblée, avec un plaisir d'autant plus grand qu'il
y avait sur ce tableau 2 lampes dites d'émission. Aussitôt rentré chez moi, j'essayais les
filaments et je constatais avec le plus grand étonnement,que dans les deux lampes d'émission, il y en avait
une dont le filament brulait parfaitement bien. Du coup, je me sentis heureux
et léger, et dé]à je voyais mon émetteur complètement terminé. De ce côté là tout allait bien, il restait
maintenant à entreprendre le montage de cet émetteur ondes courtes. En ce temps
là, il n'était pas du tout question de faire le montage sur un châssis en
aluminium et encore moins en rack. Il fallait respecter la règle sacro sainte
du low-loss qui était alors à la mode, et pour celà adopter une disposition où il y avait de l'air, même
beaucoup d'air, surtout pour un appareil destiné aux ondes courtes. Il fallait aussi, disaient tous les auteurs, que
les connexions soient courtes, ce qui ne
cadrait pas très bien avec le ” beaucoup d'air “ mais on y arrivait cependant,
car une connexion de 10 cm était considérée comme courte. Encore et toujours pour se soumettre à
cette sacrée formule du low-loss, il fallalt réduire au strict minimum les pièces métalliques. A
ce sujet, les pontifes de la radio étaient d' accord, le moindre petit morceau
d'aluminium créait des pertes effrayantes. Certains auteurs, parmi ceux qui devaient
devenir les grands esprits du journal "L'Antenne”, avaient vidé des
encriers pour dire et expliquer qu’un condensateur variable monté avec flasques
métalliques était la cause de pertes formidables. Ceci a duré jusqu'au jour où
la marque Pival a sorti des CV entièrement
métalliques, mais isolés seulement avec deux petits bouts de quartz. C'est
tout. Etant fortement nourri de toutes les
théories du low-loss, j’avais monté mon émetteursur une vieille planche à dessin assemblée sans
clous, donc sans pertes. De cette façon j'étais bien certain que toute la haute
fréquence allait rester bien sagement dans mon émetteur. Cependant, je n'étais
pas encore au bout de mes peines, il restait à faire les deux bobinages, celui
de grille et celui de plaque pour l'entretien des oscillations, comme on disait
alors. Là
il n'y avait pas de quartier, elles devaient absolument être du type super low-loss. Je les avais donc bobinées en gros fil en
me servant d'une bouteille comme mandrin, puis les spires ainsi obtenues
étaient alors vissées, c'est le cas de le dire, tour par tour dans 4 petites
réglettes en ébonite, dans lesquelles étaient forés autant de petits trous
qu'il y avait de spires. Voilà, c'est simple. Seulement, lorsqu'on entreprenait
la construction d'une self de ce genre, il ne fallait jamais prévoir d'aller se
coucher avant 2 heures du matin, méme si on avait
commencé avant le souper. Les autres pièces, les plus importantes
comme le manipulateur, et surtout le fameux thermique d’antenne à fil chaud, la
pièce la plus essentielle d'une station d'amateur avaient été achetés chez
l'autre Léon, celui du vieux marché. Ceci bien entendu, après beaucoup de
marchandage qui, certains jours, mettaient Léon en colère au point qu'il en
avalait son éternel bout de cigare, mais passons . Entre-temps j'avais bobiné le transformateur haute
tension sur un circuit métallique constitué par du fil de fer de fleuriste. Une
fois terminé, il ressemblait beaucoup plus à une betterave qu'à transformateur,
mais ça marchait, surtout si on falsait semblant de
ne pas voir la chute de tension, mais ceci est une autre affaire. | Finalement le grand jour où j'allais
pouvoir mettre la haute tension sur mon émetteur était enfin arrivé. C'était un auto oscillateur du type fort
à la mode, un feedback Hartley du genre détecteur à réaction, mais en plus
puissant. N'ayant pas de redresseuse, j'avais mis les 300 V 50 périodes bruts
sur la plaque de ma lampe Fotos. De ce fait ma note
ressemblait beaucoup plus au bruit que faisait un corbillard en passant sur une
rue mal pavée, qu'à celle d'un chant
d'oiseau; d' accord, mais je mettais 0,4 Amp. dans
l'antenne, c'est çà qui avait de l' importance. Maintenant que j'étais fin prêt, les
grands DX n'avaient qu'à bien se tenir. C'était évidemment une illusion, mais
c'est ce qui est le plus beau. Depuis quelques mois déjà, mon récepteur
avait subi lui aussi, la vague des ondes courtes. Le bobinage d'accord de 2500
spires avait été remplacé par ùn autre bobinage en
fond de panier comportant quelques spires seulement, ce qui me permettait
d'écouter les premiers amateurs sur 200 mètres. En ce temps-là,
les indicatifs n'étaient pas précédés de la lettre préfixe qui indique le pays,
et lorsqu'on entendait un amateur on ne savait jamais d'où il était. Le seul
moyen de l'identifier était de voir quelle langue il parlait, et comme beaucoup
parlaient l'anglais, on n'était pas fort
renseigné. Première
rencontre avec les autres amateurs Belges. Depuis quelques mois, les émissions
d'amateurs qui avaient commencé sur 200 métres
diminuaient réqulièrement de longueur d'onde et je
constatais avec effroi que toutes les semaines je devais enlever une ou deux
spires de ma bobine en fond de panier, car chaque semaine aussi les CQ et les
Tests se faisaient entendre sur des longueurs d'ondes de plus en plus petites.
Je voyais déjà arriver le jour où je serais obligé d’enlever la dernière spire
et alors comment faire! Des 200 mètres on étaient
descendu à 150, puis 100 et maintenant on était au 45 mètres et ça diminuait
toujours. Un soir que j'écoutais sur 42 mètres,
j'entendis un CQ de B7, qui arrivait R9 mais RAC, c'est-à-dire une note aussi charmeuse que peut être du 50
périodes brut. Je passe en vitesse mon inverseur d'antenne sur émission et pour
la toute première fois j'utilise mon indicatif tout neuf K2. Il me répond, tout
va bien, j'arrive aussi très fort chez lui, mais la curiosité dévorant les
contacts de mon manipulateur, je lui demande immédiatement où il est. Il
hésite, fait des "séparations qui n'en finissent plus et finalement me
dit" situé dans le haut de la ville". Seulement comme il y a plusieurs hauteurs
autour de Bruxelles, le renseignement était fort vague. Je crois qu'il a dû
comprendre ma curiosité, car au tour suivant il me passe "rendez-vous mardi 8h, au cercle d'études Palais
d'Egmont". Je n'avais encore jamais entendu parlé de ce cercle, mais je
lui réponds "d'accord à mardi". Le jour attendu arrive et me voilà perdu à
travers les allées du parc du palais d'Egmont, à la recherche du concierge. Il
est 8 heures du soir et il fait noir comme dans un four, pas de concierge et
pas de lumière, et toutes les portes sont fermés. En remontant vers la sortie côté porte de
Namur, je vais m'emboutir dans le dos
d'un Monsieur qui sort d'une porte cachée par la verdure, je m'
excuse et j'en profite pour lui demander où se trouve ce fameux cercle.
Il me dit ne pas le connaître et me conseille de rentrer et de consulter les
plaques émaillées qui se trouvent dans le couloir. Là non plus, pas de lumière,
je gratte une allumette et je vois enfin "Cercle ETC" 3e étage au
fond du couloir. Je monte au 3e, je prends le couloir,
toujours pas de lumière. Je marche les bras ouverts pour sentir arriver le mur
quand en une fois, je butte dans quelques chose de très solide qui m'arrive
juste dans le ventre. J'allume une allumette et je constate que je viens de
rentrer dans un billard placé juste au milieu du couloir, ça c'était vache! L'obscurité revient puis j'aperçois trois
ou quatre mètres plus loin un très faible trait de lumière, qui sort semble-t-il du trou d'une serrure. J'ouvre et ça y est c'est bien le cercle, car
il y` a un monsieur qui a un casque sur la tête. Je ne connais personne et de
ce fait je salue tout le monde, quand d'un petit groupe à part arrive,
quelqu'un qui me demande si je suis K2, je lui répond affirmativement et il me
présente aux autres en disant que c'est avec moi qu'il a fait un QSO. Les
autres du petit groupe me serrent la main etc....
mais personne ne me dit son nom. Ca sent le mystére a plein nez. Je parle avec B7 et il me dit que son nom est Hautmont et qu'il habite avenue
Albert. Je trouve tout cela naturel et je lui dit qui je suis et que j'habite
Jette. Pendant cette conversation je remarque que tous les autres se sont
éclipsés un à un. Finalement j’en demande la raison à
Hautmont qui me répond sans rire,
que les autres se méfient de moi, car ils ont aussi des émetteurs et ils me
prennent pour un type des PTT.(déjà !!) Comme tous ceux qui étaient là et même moi
faisions de l'émission sans autorisation, on m'écoute à distance. Motus et
bouche cousue! Je
m'explique, je dis ce que je fais et petit à petit la confiance revient. Je
leur dit même que je recois très bien P2, D2, W2 et je demande si ces indicatifs sont
ceux d'amateurs Belges. Cette demande est accueillie par une franche rigolade
et finalement Hautmont me présente Pollart D2. Mais
l'autre, celui qui a un genre espagnol, demande à Hautmont de ne pas me dire
son indicatif. Nous nous mettons à parler de radio,
tout va bien, puis Pollart sort de sa poche son
dernier achat: un magnifique manipulateur en bronze massif, l'admire et
l'essaye, puis finalement c'est au tour de l'espagnol de le prendre. Il fait
toujours semblant de ne pas me voir ni de me connaItre.
Il règle la course du manipulateur, puis en une fois et sans s'en rendre compte
il se met à manipuler des W2. Cette fois c'est à moi de sourire et je
lui dit:"Mais c'est vous W2". Il a l'air
très ennuyé et son regard ne quitte plus le bout de ses bottines. Il nous
quitte en douce et s'en va dans l'autre salle de réunion. Pollart,
Hautmont et moi cette fois fraternisons franchement et nous racontons chacun ce
que nous faisons et surtout ce que nous
avons comme station. A partir de ce moment, lorsque nous nous
rencontrons, le temps passe avec une telle rapidité que les heures ne semblent
durer que 10 minutes. C'était d'ailleurs le cas, car je me suis aperçu en une
fois qu'il était minuit et que je devais galoper à toute vitesse pour ne pas
rater mon dernier tram. On promet de se revoir sans faute le mardi suivant,
mais au moment de se serrer la main, plus moyen de retrouver Couppez W2. Il était parti en douce, et sans rien dire,
bien convaincu que j'étais le je ne sais quoi des PTT. A la réunion suivante les choses se sont
arrangées et Couppez s'est rendu à l'évidence et
nous sommes devenus de très bon amis, mais il avait eu chaud le pôvre!
Si mes souvenirs sont bons, nous ne nous sommes réunis que 3 ou 4 fois au
cercle d'étude, et chaque fois que nous rentrions c'était le même enthousiasme
débordant de gaité et aussi de bonnes nouvelles. En effet, au cours de la semaine, chacun
de nous avait fait quelque chose de neuf, soit un nouveau QSO avec les stations
lointaines qui étaient alors la Suède ou bien l'autre avait changé quelque
chose à son récepteur et on l'entendait dire :"ca alors mon vieux
maintenant ça pète des étincelles". Un autre avait fait quelque
changement son émetteur, de façon par
exemple à mettre plus d'ampères dans l'antenne, ce qui était une obsession
constante pour un amateur d'alors, car tous d'ailleurs, nous étions persuadés,
que plus il y avait d'ampères, plus on allait loin. Je me souviens que
l'ampèremètre que j'utilisais était un gros machin Télefunken
à fil chaud, surplus de l 'avant dernière guerre. Comme il était fait pour 4 ampéres, j'avais enlevé le shunt, ce qui démolissait
complètement l'étalonnage, mais par contre le rendait énormément de fois plus
sensible, ce qui était très important. Malheureusement mes 3 ou 4 petits watts le
faisaient dévier que péniblement et avec lenteur, jusqu' au point marqué quatre
dixièmes d'ampères de l'ancienne échelle bien entendu... J’attribuais son manque de dynamisme non
pas à mes 4 watts, mais bien à la grosseur et à la lourdcur
de son aiguille, qui ressemblait beaucoup plus à une flèche de la grille du parc de Bruxelles, qu'à une aiguille
d'ampèremètre thermique. Finalement je l'ai sorti de son boitier et avec une
paire de ciseaux à ongle de mon père,j'ai diminué sa largeur de moitié et la flèche du quart de ce qu'elle était. Mais ça n'a rien changé, hélas j'avais 4
dixièmes d'ampéres après comme avant. c'était une désolation. Par contre, qu'est ce que j'ai pris
comme en.....guirlandades quand mon père a revu ses ciseaux, qui
étaient devenus légèrement concaves , mais
passons...En ce temps là, lorsque nous entendions un amateur Américain, c'était
toute une affaire, surtout s'il se trouvait loin des côtes. A plus forte raison lorsqu'on entendait un
amateur de nouvelle Zélande on pouvait dire que c'était du tout grand DX. Ne
riez pas! car ça sortait d'une détectrice plus une
basse fréquence; soit 2 tubes. Ce n'était déjà pas facile à faire et en plus
des difficultés côté récepteur, il y en avait une autre qui était encore plus
importante. En effet, par suite du décalage horaire, si on voulait entendre
quelque chose il fallait se lever à 4 heure du matin,
ce qui n'était pas une mince affaire. Chaque mardi soir, à la réunion nous
étions tous bien d' accord de nous lever le lendemain matin à 4 heures.
Seulement lorsque le réveil sonnait en pleine nuit et que l'on s'était couché
vers 1 heure du matin, il fallait pour se lever un courage que je ne sais
décrire. Un matin, Pollart
nous a raconté qu'au cours de la semaine il avait pris la ferme résolution de
se lever pour écouter, et pour que sa volonté ne soit pas contrariée par son
envie de dormir, il avait pris la précaution de placer son réveil à l'autre
bout de sa chambre. De cette façon il était bien obligé de se lever pour
l'arrêter. Malheureusement, lorsque son réveil sonna à une heure aussi indûe, pourrait-on dire, il
lui envoya son oreiller avec une telle vivacité, que non seulement le réveil
bascula de l'autre côte de la table, mais aussi un verre et carafe qui se
trouvaient dans les environs, tout ça avec un bruit de tonnerre qu'il eut
beaucoup de mal à justifier le lendemain matin au déjeuner. De mon côté,
j'avais fabriqué un système de sonnerie électrique qui se déclenchait avec la
sonnerie du réveil. C'était parfait,parce
que si je ne me levais pas ,ca continnait à sonner. Malheureusement là aussi il y avait un
défaut, un matin mon père m'a dit qu'il ne voyait pas pourquoi je devais faire
de l'émission avec cette sonnerie qui réveillait toute la maison. Un mardi que nous étions réunis au cercle,
un nouveau, pas encore vu, arriva. Il avait le verbe facile et l 'accent de la butte, c'était Louvet 8SSN. Nous étions donc
maintenant à cinq et à chaque réunion nous formions un petit groupe à part,
dans un des coins des deux mansardes qui formaient le local du cercle d'études.
Je dis à part, car à ce moment là le cercle connaissait une grande activité du
fait d'un grand nombre de membres nouveaux, mais tous des BCL. Ceci, provenait
de ce que Radio Belgique venait de commencer ses émissions et comme l'émetteur
se trouvait rue de Stassart, donc juste en face du
Palais d'Egmont, à chaque réunion il y avait une grande foule pour venir
assister à l'expérience fantastique qui consistait à recevoir Radio Belgique
sur cadre et avec un poste à galène. Nous avons souvent entendu dire par les BCL
d'alors, que ce qui les étonnaient le plus ce n'était pas la réception sur
cadre, mais que les ondes traversaient même les murs. Une fois 10 heures du soir, Radio-Belgique cessait ses émissions, et comme il n'y
avait plus rien à écouter, les membres BCL ( pas nous
bien sûr), commençaient des discussions qui n'avaient que de très lointains
rapports avec la TSF. (tiens en ce temps là déjà). Ce
soir là par exemple, ils avaient commencé une grande discussion sur les mérites
respectifs des lapins angoras, au point de vue poids du poil. Nous n'étions pas
contraires bien sur, mais ça ne nous intéressait absolument pas. Aussi quand Hautmont proposa d'aller
prendre un verre dans un des cafés de la Porte de Namur, et de continuer là en
toute tranquillité nos explications sur la finesse de doigté et les astuces
nécessaires pour le déculottage des lampes TM afin de les rendre plus sensibles
sur ondes courtes, tout le monde fut d' accord. La perspective d'être assis
devant une table, avec quelque chose à boire était irrésistible. Nous sommes
donc partis tous les cinq par la sortie du Palais d'Egmont côté Porte de Namur. Dans ces temps là, il y avait déjà autant
de cafés que maintenant, mais beaucoup moins de lumière et de ce fait beaucoup
plus d'YL, qui dans les coins essayaient de faire des QSO de visu, mais sa ne
nous intéressait absolument pas. D'ailleurs, il n'y avait qu'une sorte de
liaison qui nous intéressait, c'était celle des ondes courtes, et dans ce
genre, les belles YL ne savaient pas encore oscilier. D'ailleurs si on se souvient que
l'abréviation T.S.F veut dire type sans femmes, nous en étions tous les cinq
bien convaincus, n'ayant vraiment pas de notre temps à consacrer à une autre
passion que celle de la Radio. Nous préférions faire osciller une lampe qu'une
YL. Bien que depuis nos préférences ont beaucoup changés. Mais passons,passons,passons.... Une fois sorti du palais d'Egmont, nous
n'avions que le boulevard à traverser pour arriver au café situé juste en face,
mais pendant ce court trajet nous devions passer à côté du pissodrome au jet
d'eau puissant et sympathique et comme nous venions de passer deux heures
debout, son utilité se faisait fortement sentir. Comme il n'y avait que deux
places, Pollart et moi nous rentrions les premiers,
pendant que Hautmont expliquait aux deux autres la théorie du condensateur
shunté, en faisant le schéma du bout de sa chaussure sur la terre du boulevard. Pendant que nous accomplissions cette
noble fonction, maintenant mise à l'honneur par Clochemerle,
Pollart appelle les autres et leur dit: "Mais au
fait , pourquoi ne fonderions nous pas le réseau des
Deux? Cette idée toute neuve fut accueillie avec le plus grand enthousiasme.
Nous étions tous bien d' accord, il fallait créer le réseau des
"Deux" et c'est en discutant déjà des futurs statuts que nous sommes
dirigés vers le café des "Deux Bécasses". Pollart
venant de prononcer des paroles historiques et de ce fait devenait à jamais le
premier fondateur de l’U.B.A.
Fondation
du réseau Belge. Si mes souvenirs sont exacts, ceci se
passait en février 1925 et cette date serait donc celle où fut commencé à
Bruxelles, le premier groupement des amateurs émetteurs belges. L'idée
de Pollart avait déjà fait beaucoup de chemin depuis
le mardi précédent. De son côté il avait alerté tous ceux qui au cercle
d'études faisaient où avaient envie de faire de l'émission. Notre première idée
n'avait pas été de faire un groupement genre "chocheté"
mais au contraire de former rapidement un groupement actif et de l'annoncer
dans toutes les revues de radio, ceci avec l'espoir de connaItre
les amateurs Belges qui pouvaient
exister et que nous ne rencontrions pas aux réunions du cercle d'études. Ceci
était d'autant plus urgent que les essais transatlantiques allaient commencer
et que nous désirions y participer en
tant qu'amateurs Belges, et ceci de la même façon officielle que les amateurs
Français et Anglais. Seulement pour cela il fallait que nous soyions groupés et non isolés. Donc le mardi suivant, réunion du tonnerre
aux "Deux Bécasses". Chacun avait des idées grandes comme ça sur ce
que nous allions faire. Il fallait avant toutes choses un président, un
trésorier, et un trafic manager. Pour
le reste des DM et autres fonctions chacun de nous était prêt à faire n'importe
quoi. Il y avait de la bonne volonté à revendre. Cela marchait bien. Vers les 9
heures du soir, Pollart va au cercle qui était en
face, chercher les futurs manitous, car il y avait maldonne sur l'endroit de
notre réunion. Il revient et me présente un grand monsieur mince qui fumait la
pipe c'était Mussche 4BK, que je n'avais pas encore
vu. Il me présente un autre monsieur mince qui ne fumait pas, c'était Deloor P2. Pendant
le trajet du cercle aux "Deux Bécasses" soit la largeur du
boulevard, Pollet avait dejà
tout expliqué à Mussche et à Deloor,
et comme Deloor venait de faire le premier QSO
Belgique-Amérique du Nord, il avait été bombardé d'office Président. Comme Mussche était déjà
trésorier du cercle d'études, nous lui proposons mine de rien, d'être trésorier.
Il accepte évidemment, puis de 9 à minuit et demi nous parlons sans arrét, au point que Mussche ne
trouve même plus le temps d'allumer sa pipe, ce qui était très grave. Ici une virgule dans ce texte, pour
expliquer comment Mussche et Deloor
se sont connus. Depuis déjà tout un temps ils écoutaient tous les deux les
émissions de la première station de broadcasting
anglaise 2LO au moyen d'une détectrice réaction. Un soir, juste après la fin du
programme, Deloor entend le sifflement
caractéristique de la détectrice de Mussche,
puisqu'ils étaient sur la même fréquence, pardon la même longueur d'ondes comme
on disait.Puis Deloor
défait le fil qui va au + HT et il se met à manipuler du morse. Mussche lui répond et pendant toute cette parlotte ils se donnent rendez-vous pour
le lendemain midi à la`Barrière de St Gilles. Au moment de ce QSO, Deloor avait une tension plaque de 20 volts sur sa
détectrice et Mussche en avait environ 40. Il est vrai que ses ondes devaient
remonter vers la Barrière de St Gilles et que le trajet était plus difficile. Nos réunions du mardi soir au café des
deux bécasses n’ont durés que deux où trois semaines, pour le motif suivant:
Lorsque deux amateurs se rencontrent, à peine ont-ils parlés quelques minutes,
que la discution devient très compliquée et il faut
toujours qu’is fassent un schéma pour mieux
s’expliquer; malheureusement c’est toujours à ce moment là que personne n’a le
moindre petit bout de papier en poche. Il en était de même à chaque réunion
“Aux deux Bécasse”,et de ce fait
nous étions bien obligés de faire nos shémas sur les
belles tables en marbre blanc. Seulement, le patron du café n’a pas trouvé notre façon de faire à
sa convenance, ce qui explique qu’un mardi soir, vers les 9 heures ça a bardé
et nous sommes tous partis; enfin quand je dis tous, nous n’étions que cinq et
le vide n’a pas été bien grand.Nous sommes sortis
très digne, bien persuadés que nous
avions raison: il y a dans la vie d’un boss de café, des clients qui sont
vraiment difficiles à comprendre et nous étions de ceux là. Une fois sur le trottoir, nous avions
bonne mine, car nous ne savions vraiment pas où aller passer le reste de notre
réunion, et tout en continuant une discution très
animée sur la meilleure façon de
transformer un accu Tudor de 80V en soupape électrolytique, en utilisant les
petits tubes en verre, nous sommes arrivés finalement devant l’ancien café où
se trouve maintenant le café de l’Horloge. Nous y sommes rentrés mais le genre ne
nous convenait pas, il n’y avait pas de petits coins tranquilles pour nos
discutions et de plus on voyaient les autres clients qui nous regardaient comme
si nous étions des phénomènes. Nous sommes sortis vers 11 heures, sans savoir
où nous pourrions passer le reste de la soirée. Nous nous
sommes dirigés vers la fontaine de la Porte de Namur afin de condenser tous les
cinq nos pensées pour savoir où nous allions aller. C’est à ce moment qu’Haumont a subitement retrouvé le souvenir d’un petit café
bien tranquille disait-il où avec d’autres étudiants, il allait boire des pots.
C’était le café de la Lunette, Place de la Monnaie. Son idée fut immédiatement
adoptée à l’unanimité avec décision de descendre à pieds. Hautmont était un
type capable de transformer un neurasthénique en bon vivant en moins de deux,
et pour monter son contentement, il se met à marcher sur le bord assez surélevé
de la fontaine, mais en une fois son pied dérape et en moins de temps qu’il
faut pour l’écrire, il glisse vers l’intérieur du bassin qui était en forte
pente et heureusement sans eau, et va embrasser de pleine figure la statue qui se trouve au milieu. Dans le fond du bassin il avait glissé
dans une affreuse berdouille de vase et il lui était impossible de reprendre
pied pour en sortir. Nous avons noués deux écharpes enssembles
et tant bien que mal nous l’avons ramené, c’est alors que nous avons constaté
qu’il avait fait rasebountche (glisser en bruxellois)
sur son derrère et que le bas de son pardessus ainsi
que le fond de sa culotte étaient rempli d’une espèce de mélasse gluante,
mélangée à quelques chose qui ressemblait à des épinards mal cuits. Nous
l’avons aidé à se remettre dans un état potable puis le cœur lèger et le sourire aux lèvres nous sommes partis vers le
café de la Lunette. Ce petit café existe toujours dans un des
coins de la place, mais il a été transformé
depuis en un établissement moderne avec comptoir frigo. Vers 1925, quand
nous y sommes arrivés pour la première fois, c’était le vieux café bruxellois
réputé dans toute la Belgique pour ses verres où il y avait une série de petits
trous vers le dessus, et celui que l’on invitait et qui ne connaissait pas le
truc se mettait à baver comme une fontaine chaque fois qu’il voulait boire,
d’où franche rigolade de leur part. Dans le fond du café il y avait un escalier
raide et qui tournait, à croire que le menuisier l’avait dessiné en plaçant son
coude sur un papier. La “SALLE “ de rénion comme nous
l’appelions, avait environs 3 mètres de largeur sur 4 ou 5 mètres de longueur,
détail typique, le plancher était incurvé au milieu avec un angle tellement
grand qu’il fallait choisir une table dans un coin si on ne voulait pas qu’un
verre bien rempli se vide en partie dans la soucoupe. A part,ces queleques détails,
c’était le coin rêvé pour nos réunions. Nous y étions bien tranquilles et de
plus les lait russes étaient bien servis et préparés avec du lait frais, chose
qui avait une grande importance pour nous tous, car de l’avis de tous les
amateurs de l’époque, ce doux breuvage n’avait pas son égal pour éclaicir les idées
lors des grandes discussions technique sur la façon de faire osciller
une A415 avec 6 tours à la self de plaque, quant il n’y en avait que
péniblement 4 dans la grille. De plus toutes les tables étaient en
marbre, blanc douteux, car elles étaient passablement usées par des milliers de
verres qui leur avaient fait du pied. Cependant avec de solides crayons à
l’aniline, que nous trempions de les restes de soucoupes, nous parvenions quand
même à tracer des shémas bien lisibles. Un jour Max Cosyns,
B9 nous a expliqué en détail le standard de fréquence qu’il voulait construire,
en utilisant des roues de vieux réveils
matins, ses explications et les nôtres ont été tellement longues et
compliquées, que nous avons été obligés de changer de table, il n’y avait plus
de place sur la première pour continuer
le shéma. Ces réunions de la Lunette ont été les
plus beaux mardis de notre vie, car nous pouvions parler de radio de 8 heures
du soir à 1 heure du matin, et puis aussi parce que nous avions 20ans. Depuis la radio a bien changée et nous
aussi d’ailleurs. Maintenant nous avons
50 ans et pourtant certains d’entre nous ont encore le microbe aussi virulent. Lorsque nous manipulons, les points barres
sont peut-être moins détachés et au micro notre voix est plus grave qu’il y a
30 ans, mais il ne faut pas oublier qu’entretemps nous nous sommes mariés et ce
qui est le résultat le plus extraordinaire, c’est que nous avons continués à
faire de l’émission malgré l’avis
souvent contraire de nos femmes; ce qui prouve que notre marotte de faire de la
radio était une chose sérieuse et une idée absolument continue. A ces premières réunions de la Lunette il
y avait Pollard,D2; Hautmont,B7;
Coupez,W2; Deloor, P2; Mussche, BK; et
moi (K2), et a chaque liaison que faisions avec un autre amateur belge nous ne
manquions pas de lui dire de venir le vendredi soir aux réunions des amateurs
du réseau belge. C’est ainsi que quelques temps après nous étions plus de
dix et chaque semaine il y en avait des
nouveaux. Je me souviens très bien de l’arrivée de Janssens, 4BZ;Cosyns, B9;Stainier, S2; Ocreman Gowy,4PU; Mathieu, 4AU; Koninckx,4VK; de Neck 4UU et une foule d’autres, a tel
point qu’il y avait des vendredis où les deux petites lampes d’éclairage de 40
Watts n’arrivaient plus à faire de la lumiètres,
tellement il y avait de la fumée de cigarettes. En plus de ceci, lorsque nous étions
réunis à 15 ou 20 dans les 15 mètres carrés de la Lunette, le QRM était si
violent que le soir nous sortions tous avec un mal de gorge bien carractéristique, tellement il fallait parler fort pour se
faire comprendre. Chaque vendredi il y avait des discution
sans fin, mais là s’était permis. Chacun expliquait avec schéma dessiné sur les
tables de marbre, les ennuis et les avantages des shémas
d’émetteurs en vogue à ce moment là. L’un était un fervent du du Mesny, l’autre du Hartley et
heureusement il n’y avait pas encore d’oscillateur avec cristal, car il me
semble que notre vie entière aurait été
nécessaire pour discuter d’un montage aussi compliqué. Chacun
avait son dada dans ces discutions. Deloor savait
nous faire baver lorsqu’il nous parlait de sn récepteur Schnell
avec lequel il recevait les amateurs du monde entier, alors que nous n'en
entendions que quelques uns et encore lorsque la propagation était vraiment
bonne. De plus, comme il n’avait que du courant
continu chez lui, il avait trouvé le moyen d’alimenter une et même deux Flieg sur son secteur de 220V et par ce système fort
ingénieux, il avait résolu le problème de la haute tension. Mais ceci est une
autre histoire dont je parlerai plus loin, car les Fliegs
de Deloor valent à elles seules une page historique
de la radio d'amateur avec moultes belles histoires
d’attaches en caoutchouc au plafond de sa mansarde. Cosyns était le mathématicien qui chaque
vendredi trouvait la solution à tous nos problèmes, en quatre coup de règle à calculs. La haute fréquence ne suivait pas
toujours ces prévisions mais avec son aide nous étions déjà sur le sentier qui
devait nous conduire à l’autostrade où nous pensions pouvoir arriver malgré
tout, à mettre 4 ampères sur l’antenne, avec 500 petits volts sur la plaque
d’une RS5, c’est à dire faire un miracle. Pollard
nous parlait de son émetteur Mesny qu’il avait
installé dans sa chambre, avec un grand luxe d’appareils de mesure, et des
interrupteurs à couteaux capables de couper 30 ampères avec plus de facilité
que fil à couper le beurre. Son entrée d’antenne était une mastelle affaire en Pirex, qui
passait à travers un des carreaux de la fenêtre, et lorsque l’on arrivait chez
lui, on avait nettement l’impression d’être devant une station de 2KVA. Couppez était le méticuleux qui ne laisse rien au
hazard, aussi avait-il une belle station. Cependant
il était constament tracassé par les résultats
mirobolants de Deloor, qui avec son récepteur
recevait des américains à la pelle, alors que lui n’en entendait pas. Il décide donc un jour de venir chez Deloor avec son récepteur sous le bras, pour bien se rendre
compte de ce qui n’allait pas. Une fois les deux récepteurs essayés sur
la même antenne, il se rendis à l’évidence que sa détectrice faisait ‘’ploc’’ à
la limite du décrochage, alors que celui de Deloor
avait le décrochage bien carractéristique d’un soupir
d’ingénue dans les bras d’un satyre. Ce sont des souffles qui se ressemblent,
mais il y a une nette différence par celui produit dans une détectrice à
réaction. Tous les deux se mettent en manche de chemise, et hop, après quelques
heures d’escrime au fer à souder, le recepteur de Couppez marchait cette fois
aussi bien que celui de Deloor. Couppez rentre chez lui, branche ses accus, puis attend patiamment que minuit arrive pour se rendre compte si cette
fois il allait enfin recevoir des
américains. Il en reçoit tellement qu’il reste à l’écoute toute la nuit et fait
par la même occasion son premier QSO Belgique-Amérique. C’est alors que les
américains lui ont dit qu’ils l’entendait depuis tout un temps déjà et qu’ils
l’appelaient souvent et comme son récepteur ne fonctinnait
pas bien il ne les entendaient . Voilà comment on rate
bien souvent un beau DX. Après cette victoire Couppez
décide de photografier sa station, et pour que se
soit une photo d’art, il invite Louvet à venir lui donner un coup de main. Tout
est bien en ordre, le récepteur, le log book, le crayon, une
montre posée contre le bord de la table. Couppez sort
son appareil sur pied, puis disparaît en dessous du drap noir et fait la mise
au point pendant lequel Louvet prépare la charge du magnésium sur un bout
d’aluminium. Ne sachant ni l’un ni l’autre ce qu’il fallait mettre comme
charge, ils décident de mettre une cuillère à café de magnésium pour le premier
essai. On fait la photo et Couppez se précipité dans
la chambre noire pour controler l’effet.
Développement, et après un quart d’heure aucune trace n’apparaît sur la plaque
dite sensible. On recommence mais avec deux cuillères à café de magnésium cette
fois. Même résultat, c’est à dire rien. Couppez qui
veut absolument cette photo décide d’en refaire une troisième et verse cette
fois tout ce qui rete de magnésium, ce qui représente
un beau petit tas. Tous est prêt , on allume, et dans une détonation du tonnerre, le
rideau de la fenêtre se roule comme un serpent de mer qui se promène au plafond
pendant tout un moment. Couppez et Louvet sont tous
les deux à moitié assomé par la déflagration et
lorsqu’ils se décide à refaire de la lumière, Couppez
part d’un éclat de rire en voyant que Louvet à la figure toute noire et
automatiquement Louvet se met à rigoler
de voire la tête de Couppez qui a la même couleur. Tant bien que mal on remet tout en place,
puis on développe la plaque, mais malheurs de malheurs il n’y avait rien
dessus. Ce n’est qu’alors qu’ils se sont
apperçus que chaque fois ils oubliaient d’ouvrir le volet du chassis
qui contenait la plaque. J’ai déjà dit que ce qui était le plus
compliqué à réaliser pour nous autres, amateurs de cette époque, c’était de
redresser 4 ou 500V-100mA pour alimenter la plaque de la lampe finale. Elle
était toujour plus gourmande de HT qu’il n’y avait de
sous dans notre poche. Ace point de vue là Hautmont qui était alors étudiant
aux Arts et Métiers avait trouvé une solution toute neuve et fort spéciale, qui
doit être restée unique en son genre. Dans ses différents cours d’électrécité, il avait vu que les gros redresseurs étaient
équipés de lampes à vapeurs de mercure. Hors, un jour qu’il était chez un
électricien du voisinage qui lui demandait de temps en temps de rentrer avec lui dans les cabines à
6000V, car l’électricen n’osait pas y enter seul,
celui-ci lui montra une lampe à cornes dans laquelle il y avait une bonne tasse
de mercure qui se balladait dans tous les sens quand
on la déplaçait. D’après l’électricien, cette lampe était
utilisée dans les sousmarins allemands de l’autre
guerre, pour redresser le courant alternatif. Après des marchandages dont seul Hautmont
avait le secret, il parvint à emporter cette lampe pour un prix qui n’était pas
supérieur à l’argent qu’il avait en poche. C’est à dire pour deux fois rien.
Sitôt rentré chez lui il n’a plus qu’une idée “Mettre le jus sur cette lampe”
pour voir ce qui va se passer. C’était vite dit, mais comme il n’avait
que du 220V alternatif et rien en dessous de cette valeur, il tremblait quand
même un peu de voir sa lampe se volatiliser avec un “flash” du tonnerre, au
moment où il aurait mis le 220V, sur les deux petites électrodes. J’oublie de
vous dire que cette lampe avait la forme
d’une poire conçue par le St Esprit et de ce fait indéfinissable. Elle pouvait
se représenter par une boule allongée de 8 cm de diamètre terminée en dessous
par un tube de 4 cm, puis encore en dessous une nouvelle boule plus petite,
dans laquelle était le mercure. Sur la grosse boule il y avait deux électrodes
à têtons en cuivre rouge qui traversait le verre de
la lampe et qui ne touchait à rien. Dans la petite boule il ;y
avait également deux électrodes qui ne touchait pas le mercure, mais en dessous
il y en avait une troisième qui elle était en contact avec le mercure. Suivez
bien et vous allez vous rendre compte que ce que Gallilé
à découvert n’était presque rien à côté de ce que Hautmont avait pensé. Il s’était théoriquement
dit ceci ” Si je trouve la tension qu’il faut appliquer aux deux petites
électrodes, pour arriver à amorcer un arc, sans envoyer ad patres toute la
lampe, je vais faire chauffer le mercure, d’où production de vapeur de mercure
dans le haut de cette sacrée lampe, et alors lorsque j’appliquerai de la haute
tension sur les deux électrodes du dessus, je vais redresser le courant”.
N’ayant pas de transfo capable de débiter
tous les ampères qu’il fallait pour arriver à faire l’arc qui allait
chauffer le mercure, il a décortiquer un vieux transfo “Ferrix”,
puis l’a rebobiné avec du fil de 20/10 au secondaire
en ayant soin de faire quelques prises symboliques d’ailleurs, car il n’avait
pas de voltmètre pour mesurer les tensions. Une fois le transfo terminé, préparation
de quelques bouts de fils dénudés aux deux bouts, arrêt de quelques secondes
pour allumer une cigarette, car se disait-il il vaut mieux être en forme pour
une expérience de ce genre. Puis il raccorde la lampe au transformateur et dans
une trouille intense il tourne l’interrupteur qui met le jus sur cette
installation historique. Rien ne se passe, pas d’arc, pas de vapeur et de de fait rien. Pendant qu’il se demande ce qui ce passe, et
ceci sans quitter le mercure des yeux;, il sent une
odeur carractéristique de transfo qui dépasse le
point de roussissage du coton; il se
retourne en vitesse pour couper le courant, mais en faisant ce geste il
accroche un des fils qui va à la
lampe de mercure, elle bascule , le mercure gigote et vlan! l’arc s’amorce
Hautmont en reste comme deux ronds de flan , sidéré,
étonné au point qu’il ne se rend
compte qu’après coup, que sa
chambre est éclairée par une lumière extrêmement forte et il se rend compte que
pour amorcer l’arc il faut basculer la lampe de façon que le mercure quitte une
des électrodes d’amorçage. Il coupe le courant mais il se sent tellement faible
qu’il doit s’asseoir, ses jambes ne le supporte plus, l’émotion avait été trop
forte. Hautmont a toujours gardé de cette
expérience un souvenir extraordinaire et
il l’a classé dans les bons moment de son existance. Chaque amateur a ainsi une collection de bons
moments qui se sont produits à l’époque héroïque de la radio, et lorsque nous
nous en souvenons, ils renaître des souvenirs, qui blague dans le coin, sont
plus vivaces que la première photo de notre fiancée, mais passons… Maintenant que Hautmont avait
découvert le principe de l’arc dans
cette scrée lampe à vapeur de mercure, il
ruminait en douce de faire un transfo
large et haut comme ça, avec une multitude de prises et qui donnerait au moins
2 fois 2000V et 300 milliampères, de façon; à être tranquille une bonne fois
avec la question de haute tension. Ce qu’il avait décidé a été fait, mais les
capitaux nécessaires à la construction de ce transfo avaient complètement vidé
son porte-feuille, et de ce il ne lui restait plus
rien pour construire une self de filtrage et encore beaucoup moins pour acheter
le fameux condensateur de filtrage, pourtant si nécessaire, mais qui
représentait en ce temps là, les économies de plusieurs années de vie
d’étudiant. Je me souviens du premiet
QSO que nous avons fait enssemble un dimanche soir,
alors qu’il venait de mettre son nouveau redresseur en service. La note qu’il
avait pouvait être qualifié d’indéfinissable. Il y avait du 50 périodes mélangé
avec du 100, plus un fond de souffle qui ressemblait au suintement que fait une
seringue lorsque l’on appuie trop fort en
une fois, et pour une note bien personnelle, on pouvait dire qu’il
était champion toutes catégories! De plus l’expérience avait montré que le
redresseur à mercure de ce genre avait un inconvénient assez spécial. Comme il
n’y avait pas moyen de faire autrement et pour plus de sécurité, Hautmont
manipulait dans le primaire de son transfo haute tension, et il arrivait que la
lampe ne s’amorçait pas à chaque point ou barre qu’il manipulait. Je ne sais pas si vous parvenez à vous
rendre compte de ce qui se passait, mais imaginez-vous que vous êtes occupés à
écouter son CQ, puis en une fois c’est la première barre du C qui manque ou
bien la deuxième barre du Q et ainsi de suite pendant tout son appel, à tel
point que l’on se demandait ce que
vraiment il manipulait. A ce grave défaut près, son redresseur
marchait bien, mais les points et les barres qui manquaient rendaient un QSO
fort dificile. L’imagination d’un amateur est sans
limites et voici ce qu’il a trouvé comme remède. Dans le circuit de l’arc il avait déjà
placé une self en série destinée à créer un déphasage entre la tension
d’amorçage et la tension à redresser, mais le résultat n’était pas meilleur.
Vers cette époque Hautmont avait un récepteur qui marchait du tonnerre, et il
entendait depuis une semaine déjà les amateurs NZ de la Nouvelle Zélande, c’est
à dire la plus formidable distance que l’on pouvait faire en trafic d’amateur.
Vous pouvez vous rendre compte maintenant si Hautmont avait des battements de
cœur qui faisait chavirer son crayon lorsqu’il écrivait les CQ et tous les
indicatifs qu’il entendait chaque nuit entre 4 et 6 heurs du matin et que par
son redresseur haute tension à fonctionnement intermittent il ne pouvait pas
appeler. Une nuit, après avoir tripoté son
redresseur, depuis 10 heures du soir jusque vers 4 heurs du matin sans trouver
de continuité à son fonctionnement, il a en une fois trouvé un système qui
n’était peut être pas très électrique mais qui fonctionnait très bien. Chaque
fois que sa lampe à mercure ne voulait pas amorcer il fallait lui donné une
petite secousse et c’est alors qu’il a imaginé de prendre une corde, d’en
attaché une des extremités à la lampes et l’autre à
sa cheville; ainsi chaque fois qu’elle désamorçait, hop, un petit coup de pied
et tout se remettait en marche sans devoir se lever de sa chaise, car sa lampe
donnait une lumière tellement violante qu’il avait dû
la placer dans un coin de sa chambre et de la cacher par une planche à dessin . Voilà comment Hautmont a fait le premier
QSO Belgique-Nouvelle Zélande….. .
Shack de ON4UU Paul de Neck |